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Une équipe du CHU de Poitiers est chargée de coordonner les prélèvements d’organes à l’échelle de l’ensemble de l’établissement, en lien avec l’Agence de la biomédecine. Elle doit, le plus vite possible, recenser les potentiels donneurs, vérifier la qualité des organes et recueillir le témoignage des proches sur la volonté du défunt.

Laisser du temps aux familles pour accepter la mort cérébrale de leur proche et aborder la question du don de ses organes. Mais intervenir rapidement pour que l’état de ces derniers ne se dégrade pas trop. C’est l’équation à laquelle se trouve communément confrontée l’équipe de coordination des prélèvements d’organes du CHU de Poitiers. Co-pilotée par les deux médecins anesthésistesréanimateurs Thomas Kerforne et Thierry Bénard, elle a organisé, rien que sur la période de janvier à septembre 2018, le prélèvement de 108 organes (reins, foie, coeur, pancréas, poumon) et de 61 tissus (vaisseaux, cornées et valves cardiaques) destinés à la greffe. Les 33 donneurs étaient majoritairement en situation de mort encéphalique, mais pas uniquement. Le CHU fait en effet partie, depuis 2016, de la vingtaine d’hôpitaux français autorisés à intervenir également sur des patients relevant de la catégorie « Maastricht III », c’est-à-dire décédés après une limitation ou un arrêt des thérapeutiques.

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© CHU de Poitiers

Consentement présumé. « Tous les matins, nous passons dans les services de réanimation afin de recenser les potentiels donneurs », explique Carolle Lecostoec, infirmière. L’équipe est aussi en contact avec les urgences, l’unité de soins continus ou encore, depuis peu, avec l’unité neurovasculaire. Commence alors une course contre la montre, avant même que le diagnostic formel de mort cérébrale ou l’arrêt des traitements soient établis. « Nous avons une dizaine d’heures pour vérifier qu’il n’existe pas de contre-indication au prélèvement et chercher à savoir quelle était la volonté de la personne à ce sujet, explique Laurent Boursier, l’autre infirmier permanent de la “Coordination”. Nous appelons son médecin traitant, les éventuels spécialistes qui la suivaient. C’est un travail d’enquête, de recherche sur les antécédents, les habitudes de vie : fumait-elle, consommait-elle de l’alcool, avait-elle voyagé ? Plus on va vite, mieux c’est. » Il faut aussi évaluer la qualité des organes et des tissus, en effectuant notamment des examens d’imagerie et des analyses en laboratoire. Tout individu est présumé consentant au don, à moins de s’y être opposé de son vivant. Aussi, l’équipe contrôle d’abord si le défunt est inscrit sur le registre national automatisé des refus. Si ce n’est pas le cas, il est nécessaire de sonder son entourage. « Au préalable, ils doivent avoir assimilé que leur proche est décédé, poursuit l’infirmier. Or il continue de respirer, son coeur bat toujours : c’est aux antipodes de ce que l’on imagine de la mort. On laisse le temps à la famille de comprendre, d’accepter. » Même chose concernant la famille des patients « Maastricht III », pour l’arrêt des thérapeutiques. C’est seulement après qu’est abordée la question du don, avec l’équipe de coordination. « Contrairement à ce que pensent souvent les gens, les évolutions réglementaires intervenues en 2017 n’ont pas instauré le consentement présumé, en vigueur depuis 1976, mais la campagne d’information associée a permis de rappeler ce principe, signale Thomas Kerforne. Les proches en ont déjà entendu parler et cela nous aide lors des échanges. » Au 30 septembre, le taux de refus en 2018 était de 17 % pour les morts encéphaliques : « C’est exceptionnellement bas et nous n’en tirons pas de conclusion », avertit néanmoins le médecin. Le pourcentage s’élevait à 34,8 % l’année dernière, pour une moyenne de 30,5 % à l’échelle du pays (33 % en 2016).

Chirurgie méticuleuse. Une fois l’ensemble des conditions réunies, un dossier est envoyé à l’agence de la biomédecine,qui gère notamment la liste nationale d‘attente de greffe. « On ne procède au prélèvement qu’à partir du moment où un receveur a été identifié », soulignent les infirmiers. L’équipe hospitalière qui effectuera la transplantation se déplace alors le plus rapidement possible à Poitiers, au CHU, pour le prélèvement. «Les deux étapes sont réalisées par le même chirurgien, toujours senior. C’est un travail très méticuleux, toutes les plaies sont suturées, poursuivent-ils. Le corps est ensuite restauré et habillé. » « Pourtant, dans l’opinion, le fantasme d’une opération de moins bonne qualité persiste », pointe Thomas Kerforne. L’information du grand public fait aussi partie des missions de la « coordination » du CHU et elle compte s’améliorer sur ce point. L’arrivée d’un infirmier supplémentaire, normalement prévue en 2019, devrait aider. « Nous intervenons déjà dans le cadre de journées citoyennes, de rencontres sportives, dans des collèges, aux côtés de l’association France Adot 86 [association pour le don d’organes et de tissus humains], énumère Fabienne Etourneau, cadre de santé de l’équipe de coordination. Mais nous souhaitons intensifier notre collaboration avec cette dernière et participer à davantage d’événements, voire en organiser. » Faire mieux connaître le don d’organes et de tissus à l’ensemble de la population pour, in fine, gagner du temps en situation critique et, surtout, éviter aux familles d’avoir à y réfléchir dans des circonstances douloureuses.

Aurélia Descamps

carre-pratiques Poitiers participe à la formation des chirurgiens français

Depuis 2017, le CHU accueille, avec la faculté de médecine de Poitiers, l’école francophone de prélèvement multi-organes (EFPMO). Chaque année, une cinquantaine de professionnels – essentiellement des internes en fin d’études et des chefs de clinique assistants – bénéficient d’une semaine de formation complémentaire sur le prélèvement multi- organes, par des chirurgiens seniors de Poitiers, comme Jean-Pierre Richer et Pierre-Olivier Delpech, et de toute la France, notamment Benoit Barrou (hôpital Pitié-Salpêtrière). Les participants profitent notamment des équipements du CHU, comme « Simlife », un dispositif de simulation chirurgicale sur des cadavres revascularisés et reventilés grâce à l’outil informatique.

Article publié dans le semestriel CHU magazine Poitiers, décembre 2018

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